Pollution de l’eau : Les masques !

msn.com – liberation.fr – Pollution de l’eau : « Les masques se dégradent en 400 à 1 300 ans » !

Par Margaux Lacroux – liberation.fr – Publié le mardi 10 novembre 2020 à 12h20

P1 – © Barcroft Media Un masque médical jeté dans la mer Adriatique, le 31 juillet.

La biologiste et présidente de l’ONG Plastic@Sea, Anne-Leïla Meistertzheim, décrypte le cheminement des masques jusque dans les océans et les conséquences que cela peut avoir sur ces milieux fragilisés.

La généralisation du port du masque, comme geste barrière face à l’épidémie de Covid-19, a démocratisé l’utilisation d’un accessoire à usage unique supplémentaire. Sans surprise, cette nouvelle source de pollution plastique est acheminée jusqu’aux fonds marins. S’il est encore trop tôt pour estimer les quantités de masques présents dans l’eau, et ceux qui pourraient s’y retrouver à l’avenir, le sujet éveille les inquiétudes chez les ONG de préservation de l’océan. Anne-Leïla Meistertzheim, biologiste marin spécialisée en toxicologie à l’Observatoire océanologique de Banyuls-sur-mer et présidente de l’ONG Plastic@Sea, s’intéresse à la présence accrue des masques sur les plages et en mer.

Des études sont-elles en cours pour évaluer la pollution causée par les masques dans les océans ? : L’année dernière Plastic@Sea a participé à la mission Microplastiques 2019, dirigée par la fondation Tara Océans, qui est allée sur les neuf plus grands fleuves européens pour quantifier les plastiques dans l’eau et sur les berges entre les mois de mai et d’octobre. Cette année, entre le 15 juin et le 15 juillet nous sommes retournés sur ces fleuves, en appliquant le même protocole. Nous avons trouvé systématiquement des masques sanitaires ou des gants en plastique sur les plages alors qu’en 2019 on n’en n’avait trouvé qu’un seul. Nous en avons trouvé à la sortie de sept fleuves. Seuls l’Elbe en Allemagne et le Rhône en France n’en avaient pas. Nous allons renouveler l’expérience dans les prochains mois. Pendant le confinement, des ONG sont aussi allées du côté de la Chine et ont récupéré des quantités extrêmement importantes de masques sur les plages.

Comment atterrissent-ils dans l’eau ? : Les masques sont en plastique et n’ont pas du tout vocation à se retrouver dans la rue ou à disparaître dans l’environnement. Ils se dégradent totalement en 400 à 1 300 ans. Ces objets étaient, au départ, dédiés au système médical et à la recherche, c’est un déchet à risque infectieux. Normalement, ils doivent être jetés dans des poubelles spéciales, puis être brûlés systématiquement. S’ils partent dans les égouts, ils peuvent être bloqués dans les systèmes de canalisation et former un bouchon. Il y a de fortes probabilités qu’ils soient récupérés dans les stations d’épuration de l’eau et brûlés derrière. Mais quand il pleut beaucoup, lors de crues, tout ce qui a priori pouvait être bloqué se retrouve directement dans l’environnement. Idem pour tout ce qui était dans des déchetteries à ciel ouvert. Le problème est aussi pour les masques portés par le vent, l’objet étant léger.

Une fois qu’ils sont dans l’océan, quel danger représentent-ils ? : Les masques chirurgicaux sont souvent constitués de polypropylène, un matériau plastique. Sous l’effet des rayons ultraviolets (UV) émis par le soleil, des mouvements, de la température, celui-ci se fragmente. Au bout de quelques heures dans l’eau, un masque libère déjà des microfibres de plastique. Ce sont donc des producteurs de micro plastiques et même de nanoparticules, capables de traverser les cellules vivantes. Ensuite, d’un point de vue visuel, un masque ou un sac plastique, c’est la même chose pour les animaux marins. Quand ce plastique est recouvert par des bactéries présentes dans l’eau de mer, au bout de quelques heures, il change d’odeur. La probabilité pour que des animaux marins les confondent avec de la nourriture est forte.

Comme pour les films plastiques, les masques pourraient se retrouver dans les systèmes digestifs d’organismes vivants. Mais leur usage massif est tellement nouveau qu’on n’a pas encore d’étude sur cela. La barre métallique présente dans le masque est, elle, immédiatement attaquée par les bactéries pour accélérer sa dissolution dans la mer. Elle pose donc moins problème. De plus, on ne sait pas encore si le coronavirus est capable de s’adapter à un milieu liquide salé. Et pour qu’il représente un danger pour la faune marine, il faudrait qu’il soit infectieux pour ces espèces. On n’en a encore aucune idée. En revanche, on sait que sous l’effet des UV, il a tendance à se dégrader et à disparaître.

Quelles solutions existent pour limiter la pollution des océans par les masques ? : À l’heure actuelle, le plus simple est de faire attention à l’endroit où l’on jette les masques et de faire attention à ne pas les égarer. Il existe des masques lavables en coton même s’ils ne sont pas aussi efficaces en termes de protection des individus. Le recyclage des masques reste anecdotique car cela nécessite de mettre en place un système de collecte, ce qui est compliqué. Enfin, de notre côté, nous fabriquons des prototypes de masques faits à partir de plastique biosourcé, et biodégradable dans le cas où il se retrouverait dans la nature. Il y a notamment le matériau PHA [les polyhydroxyalcanoates], dont la particularité est d’être fabriqué par des bactéries. Il existe d’autres sortes de bioplastiques, créés à partir d’amidon de maïs, de sucre de canne… Ces possibilités sont en cours de test chez certains industriels pour voir si elles seraient capables de remplir le cahier des charges du masque sanitaire en lui-même.

Lire la Source : https://www.msn.com/fr-fr/actualite/technologie-et-sciences/pollution-de-l-eau-les-masques-se-d%C3%A9gradent-en-400-%C3%A0-1-300-ans/ar-BB1aRydC?ocid=msedgntp#image=1

© Par Bernard TRITZ

3 réflexions au sujet de « Pollution de l’eau : Les masques ! »

  1. Les messages, dans les spots de publicité ont une très grande part de responsabilité.
    Dans les spots, le discours disait, imposait la locution suivante : »Jetez-le ! », sans dire où précisément !
    Ainsi : Mouchoirs papier, masques se sont retrouvés au sol, jetés !

    Les emballages devaient mettre en gros la notion de sécurité, « Jetez le mouchoir ou le masque dans la poubelle appropriée ».
    Oui mais quelle poubelle ?

    Dans le temps, les déchets des hôpitaux étaient incinérés !
    Qu’en est-il aujourd’hui ?
    Qu’en est-il aujourd’hui ?
    Qu’en est-il aujourd’hui ?
    Qu’en est-il aujourd’hui ?

    Là un déficit d’éclairage !

    Aimé par 2 personnes

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